Accès à ChroQué

Galerie des chroniqueurs

Académie canadienne-française

L'Académie canadienne-française a été fondée à Montréal le 9 décembre 1922 par une quinzaine d'intellectuels et d'écrivains réunis autour de Victor Barbeau (1896-1994, v. photo à gauche), qui en deviendra le premier président. Dès sa fondation, l'institution aura pour but « de servir et de défendre la langue et la culture françaises » (Barbeau, 1960 : 5). Pour les académiciens, cette défense du français, « le premier et le plus vif de [leurs] soucis » (Barbeau, 1960 : 5), devait passer essentiellement par la correction de la langue ainsi que par son illustration dans la littérature :

[Les] ressources [de notre langue] s'amenuisent, ses couleurs se déteignent, sa vitalité diminue. On s'en alarme de bien des côtés, mais n'appartient-ils pas aux écrivains d'abord de s'en préoccuper et, selon leurs moyens, d'y parer ? C'est là le premier des mobiles de la fondation de notre compagnie. (Barbeau, 1960 : 15)

Pendant les trente premières années de son existence, et notamment sous l'influence de Victor Barbeau, qui avait déjà publié en 1939 Le ramage de mon pays : le français tel qu'on le parle au Canada, les préoccupations linguistiques seront ainsi au coeur des activités de l'Académie. Comme le montrent les procès-verbaux des séances de travail de l'époque (voir Royer, 1995), les académiciens tiennent fréquemment des séances où ils discutent de difficultés en matière de langue. Dans l'absence d'un organisme officiel chargé d'étudier les questions de langue (l'Offce de la langue française ne verra le jour qu'en 1962), l'Académie se prononcera sur des questions variées relatives à la néologie, à la terminologie ou encore à la toponymie. À titre d'exemple, voici comment Jean Royer décrit la séance tenue le 1er mars 1948 à partir des archives de l'Académie qu'il a consultées :

On aborde l'étude de quelques termes linguistiques. On adopte le mot « sou » de préférence à ses synonymes ou à ses substituts, tels « centin » (utilisé à la une de La Presse) et « cent ». On attribue le genre masculin aux noms de provinces (l'Ontario, l'Alberta, le Saskatchewan). Il faut accepter le néologisme « estivant ». Les opinions restent partagées quant à l'emploi du trait d'union entre les deux mots de l'adjectif de nationalité « canadien-français ». Rien n'est résolu. (Royer, 1995 : 47)

Dès le mois d'avril 1948, les procès-verbaux font mention de l'intention des académiciens de rédiger un « Bulletin de linguistique ». Préparée pendant plusieurs années, cette chronique sera diffusée à partir de 1957 dans les écoles et services publics sous forme de feuillets mobiles, rejoignant ainsi un public de plus de 15 000 lecteurs (Royer, 1995 : 30). Dans la base ChroQué, on peut consulter les deux séries de billets qui composent cette chronique mensuelle. La première, identifiée par le sigle ACFBullA, contient 54 billets que l'Académie a distribués de 1957 à 1962 ; la deuxième, portant le sigle ACFBullB, est composée de 21 billets, diffusés entre 1964 et 1966. D'autres publications sur la langue suivront, dont deux numéros thématiques des Cahiers de l'Académie canadienne-française publiés en 1960 (Linguistique, cahier auquel ont collaboré des linguistes comme Jean-Denis Gendron et Gaston Dulong) et 1968 (Grammaire & linguistique, volume préparé par Barbeau et qui réunit l'ensemble des bulletins diffusés de 1957 à 1966).

Au début des années 1950, alors que de plus en plus de voix s'élèvent pour réclamer la création d'un Office de la langue française, l'Académie fera des démarches, mais en vain, auprès du gouvernement pour que lui soit confiée la création d'un Office de la langue française. Lorsque l'Office voit le jour en 1962, l'Académie lui apporte son soutien, mais les excès de purisme de l'Office irriteront des gens comme Barbeau, qui s'insurge contre l'« échenillage [...] poussé trop loin » (Barbeau, 1960 : 20).

À partir du milieu des années 1970, les priorités de l'Académie se déplacent de plus en plus sur les terrains culturel et littéraire. L'institution organisera entre autres une série de colloques destinés à promouvoir la place de la littérature dans la société québécoise à partir de 1980. Malgré tout, l'Académie, dont le nom changera en Académie des lettres du Québec en 1992, continuera à s'intéresser à la question de la langue, comme en font foi les prises de position qu'elle a adoptées au cours des années 1990 dans le débat sur les rectifications de l'orthographe ou encore sur la féminisation des titres de fonction (voir Royer, 1995: 33). — Wim Remysen, Université de Sherbrooke.

Références

Académie canadienne-française (1960), Linguistique, Montréal, Académie canadienne-française (« Cahiers de l'Académie canadienne-française, 5 »), 158 p.

Académie canadienne-française [1968], Grammaire & linguistique, Montréal, Académie canadienne-française (« Cahiers de l'Académie canadienne-française, 12 »), 169 p.

Barbeau, Victor (1939), Le ramage de mon pays : le français tel qu'on le parle au Canada, Montréal, B. Valiquette, 222 p.

Barbeau, Victor (1963), L'Académie canadienne-française, Montréal, Académie canadienne-française, 84 p.

Royer, Jean (1995), Chronique d'une Académie 1944-1994 : de l'Académie canadienne-française à l'Académie des lettres du Québec, Montréal, Éditions de l'Hexagone, 150 p.

Autres sources consultées

Académie des lettres du Québec, site web disponible à l'adresse <http://www.academiedeslettresduquebec.ca/>. [Page consultée le 11 juin 2013.]

Académie des lettres du Québec (2001), La langue de l'écrivain, Montréal, mémoire déposé à la Commission des États généraux sur la situation et l'avenir de la langue française au Québec, 25 p.

Léger, Jean-Marc (1994), « Victor Barbeau, l'humaniste », L'Action nationale, Montréal, vol. 84, no 9, p. 1349-1351.

Pilon, Jean-Guy (1994), « Merci, Victor Barbeau 1894 [sic]-1994 », Lettres québécoises: la revue de l'actualité littéraire, Montréal, no 75, p. 15.

Robillard, Edmond (1978), « Victor Barbeau et le français du Canada », Cahiers de l'Académie canadienne-française, Montréal, no 15 (Victor Barbeau : hommages et tributs, réalisé par Robert Choquette), p. 129-153.

Crédit photo

Victor Barbeau. Cahiers de l'Académie canadienne-française, Montréal, no 15 (Victor Barbeau : hommages et tributs, réalisé par Robert Choquette), p. 2.


© 2011, ChroQué. Tous droits réservés.
CATIFQ (nouvelle fenêtre)Université de Sherbrooke (nouvelle fenêtre)