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Pierre Beaudry (1917-1996)

Pierre BeaudryPierre Beaudry est né en 1917 (?) et il est décédé à Montréal le 30 août 1996, à l’âge de 79 ans. Après avoir abandonné ses études au Collège de Montréal, il est engagé comme garçon de courses dans une compagnie d’assurances. Il finit par faire carrière dans le domaine, en tant qu’expert en sinistres. Très tôt, Beaudry prend conscience des problèmes de traduction et de rédaction qui existent dans l’industrie, comme il se plaira à le rappeler occasionnellement dans ses chroniques de langage :

Nous sommes au début des années 30. J’ai seize ans et viens de m’engager dans un bureau d’assurance, histoire de gagner ma vie. En anglais, bien sûr. Arrive un soir où j’ai à mettre au courrier une circulaire « bilingue ». Je la lis. L’anglais est bon. Le français, lui, est à faire dresser les cheveux sur la tête. Je me dis : « Faut bien que je les avertisse » et j’entre chez le directeur. Je lui dis : « Faut pas envoyer ça, c’est pas du français ! ». (Beaudry, 1972 : A11)

Persuadé qu’il faut rectifier le tir, il se spécialise progressivement dans la terminologie des assurances. Après avoir travaillé comme rédacteur chez le courtier Dale Parizeau, il s’inscrit, dans les années 1960, à des cours de traduction à l’Université McGill et il fonde un cabinet de traduction spécialisé, Pierre Beaudry & Cie. L’expertise de Beaudry sera vite reconnue dans le milieu et on lui confie la publication de chroniques de langage spécialisées, d’abord dans la revue Assurances (1965-1971), ensuite dans la revue L’Avenant (1975-1981). Beaudry collabore aussi à la révision de bon nombre de documents utilisés dans l’industrie des assurances de dommages et son cabinet publie, en 1985, un lexique pour le compte de l’Office de la langue française. Dans une entrevue accordée à la revue Circuit en 2003, Christiane Jansen, alors propriétaire du cabinet fondé par Beaudry, rappelle la contribution de ce dernier :

[…] Dans les années 1970, la langue de départ était toujours l’anglais parce que la plupart des sièges sociaux de compagnies d’assurances se trouvaient en Ontario. Il fallait donc tout traduire vers le français, et c’est à cette époque que Pierre Beaudry, après la refonte du contrat d’assurance automobile du Québec, s’est attaché à la traduction des contrats types recommandés par le Bureau d’assurance du Canada. Il s’est inspiré des polices françaises pour produire des contrats rédigés « dans l’esprit de la langue française » […]. Cette adaptation a fait école, d’autant plus que le consommateur exerçait des pressions pour obtenir des contrats clairs et uniformes. (Cohen, 2003 : 10)

À partir des années 1970, Beaudry se fera aussi connaître auprès du grand public. En plus de participer à des émissions à la radio et à la télévision (il est invité à plusieurs reprises à l’émission Langage de mon pays, diffusée à la radio de Radio-Canada), il tient plusieurs chroniques de langage, entre autres dans la revue L’Inter (1971-1972) et dans La Presse (1972-1979). Les prises de position de Beaudry suscitent fréquemment la controverse et ceux qui l’ont côtoyé le décrivent souvent comme un homme quelque peu autoritaire qui n’était pas porté à faire des compromis :

Son amour de la langue française rendait M. Beaudry intransigeant et ne laissait place à aucun compromis. Consciencieux jusqu’au scrupule, M. Beaudry considérait son travail de traducteur comme une véritable « mission » et Dieu sait qu’il dut faire preuve de ténacité pour nous convaincre d’utiliser une langue qui différait sensiblement de celle à laquelle nous étions habituée. (Moreau, 1996 : B2)

Pierre Beaudry n’a jamais perdu de son mordant, comme en témoigne encore sa vive opposition au Dictionnaire québécois d’aujourd’hui en 1992. Il a continué à faire de la correction du français son cheval de bataille jusqu’à la fin de sa vie, comme en font foi ses dernières chroniques parues dans La Presse (1991) et dans Le Devoir (1995-1996). Dans la base ChroQué, ces deux chroniques sont identifiées par le sigle BeaudFrLois et BeaudLang. — Wim Remysen, Université de Sherbrooke.

Références

Beaudry, Pierre (1965-1971), « Chronique du mot juste », Assurances, Montréal, avril 1965 – juillet 1971.

Beaudry, Pierre (1971-1972), « Notre langue, cette inconnue », L’Inter, Montréal, juillet-août 1971 – septembre 1972.

Beaudry, Pierre (1972), « Les maux de notre langue : une manière de présentation », La Presse, Montréal, 18 décembre 1972, p. A11.

Beaudry, Pierre (1972-1979), « Les maux de notre langue », La Presse, Montréal, 18 décembre 1972 – 16 juin 1979.

Beaudry, Pierre (1975-1981), « Le français des assurances », L’Avenant, Montréal.

Beaudry, Pierre (1991), « Le “français” de nos lois », La Presse, Montréal, 15 septembre 1991 – 1er décembre 1991.

Beaudry, Pierre (1992), « Le Dictionnaire québécois d’aujourd’hui : un “coup bas” à la langue française », La Presse, Montréal, 26 novembre 1992, p. B3.

Beaudry, Pierre (1995-1996), « Langue », Le Devoir, Montréal, 11 septembre 1995 – 3 septembre 1996.

Cohen, Betty (2003), « L’assurance de dommages, un autre monde », Circuit, Montréal, no 81 (Les assurances : deux domaines distincts), p. 10-12. [Entrevue avec Christiane Jansen, propriétaire du bureau de traduction Pierre Beaudry & Cie.]

Moreau, Charles (1996), « Pierre Beaudry : une influence qui ne disparaîtra pas », La Presse, Montréal, 13 septembre, p. B2.

Office de la langue française (1985), Lexique des assurances I.A.R.D. : incendie, accidents, risques divers, [Québec], Gouvernement du Québec, 63 p. [Établi par le cabinet Pierre Beaudry & Cie pour le Bureau d’assurance du Canada.]

Autres sources consultées

Anonyme (1996a), « Décès du linguiste Pierre Beaudry », La Presse, Montréal, 1er septembre 1996, p. A3.

Anonyme (1996b), « Pierre Beaudry sera inhumé le 11 septembre », Le Devoir, Montréal, 5 septembre 1996, p. A2.

Landa, Monique V. (1996), « Merci Pierre Beaudry », Le Devoir, Montréal, 10 septembre, p. A6.

Nous remercions Gilles Beaudry, neveu du chroniqueur, de nous avoir communiqué certains détails sur la vie de son oncle au cours d’une entrevue téléphonique.

Crédit photo

L’Inter, Montréal, vol. 12, no 10 (octobre-novembre 1971), p. 10.


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