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Étienne Blanchard (1883-1952)

Né en 1883 à Saint-Jean-Baptiste de Rouville, petite localité située à proximité de Saint-Hyacinthe, Étienne Blanchard est issu d’une famille de cultivateurs. Il a étudié successivement à l’école primaire de son village natal, au petit séminaire de Marieville (comté de Rouville) et à celui de Sherbrooke, puis au grand séminaire de Montréal. Ordonné prêtre en 1907, il est admis comme aspirant dans la Compagnie de Saint-Sulpice en 1912. Au cours de l’année suivante, il se rend en France pour faire son noviciat, mais la menace d’un conflit mondial le ramène au Canada au printemps 1914. Jusqu’en 1947, il exercera la fonction de vicaire dans diverses paroisses du diocèse de Montréal et il mourra en 1952.

Esprit cultivé, Blanchard était reconnu pour sa participation active à la vie sociale et intellectuelle de son temps. Parmi toutes les causes pour lesquelles il s’est dévoué, la sauvegarde et l’amélioration de la langue française au Canada lui tenaient particulièrement à coeur. « En ce domaine, il a été d’une fécondité extraordinaire », peut-on lire dans l’hommage que lui rend un de ses confrères en 1952 (1), ce dont témoigne le nombre des publications qu’il y a consacrées.

Outre l’abondance de la production de Blanchard, recensée en bonne partie par Doray et par Clas (1976), il convient aussi d’en souligner la diversité. Blanchard a non seulement publié des ouvrages de type normatif (En garde !, 1912, réédité jusqu’en 1925 ; En français, 1913 ; le Dictionnaire de bon langage [1914, réédité jusqu'en 1949] ; Le bon français en affaires, 1919a, et le Manuel du bon parler, 1927, réédité jusqu’en 1960), mais il est également l’auteur de divers lexiques qui déjà dénotent des préoccupations d’ordre terminologique (par exemple son « Vocabulaire du typographe », 1916a), et ses dictionnaires « par l’image » (Les mots par l’image, 1916b et Vocabulaire bilingue par l’image, 1931) annoncent ce genre particulier qu’on appelle aujourd’hui le dictionnaire visuel. L’Académie française a du reste reconnu la contribution de Blanchard en le nommant officier en 1930 et en couronnant son Dictionnaire de bon langage ainsi que son Manuel du bon parler.

L’oeuvre de Blanchard comprend par ailleurs un certain nombre de titres qui témoignent de préoccupations autres que linguistiques, notamment La bonne logeuse (1919b), série de recommandations à l’intention des ménagères qui accueillent des pensionnaires, Le gouffre (1926), essai sur le thème de l’alcoolisme, et Recueil d’idées (1928, réédité jusqu’en 1941), répertoire de citations classées par sujets. Bien que ces ouvrages ne portent pas spécifiquement sur le langage, l’auteur ne s’interdit pas pour autant d’y aborder sa matière de prédilection. Ainsi, dans son Recueil d’idées, on peut relever diverses citations sur le thème de l’anglicisme, du langage ou du style ; ainsi encore, à la première page de La bonne logeuse, Blanchard se prononce sur l’acceptabilité du « barbarisme anglais » roomeur « personne qui loue une chambre dans une maison privée ».

Les ouvrages à caractère plus spécialement linguistique méritent d’être étudiés, ne serait-ce qu’en raison de leur diffusion considérable. Dans une entrevue parue dans La Presse du 3 juillet 1920, un journaliste félicite Blanchard :

« Vous avez déjà répandu plus de 120,000 exemplaires de vos ouvrages. […] Pas un seul auteur canadien n’a atteint ce chiffre. C’est vraiment merveilleux ! »

Mais plus que ses livres, principalement répandus dans le milieu scolaire, ce sont ses chroniques de langage qui ont contribué à propager la vision linguistique de l’auteur auprès du grand public. Peu étudiées jusqu’à maintenant, ces chroniques présentent pourtant un immense intérêt en vue d’une meilleure connaissance de la norme prescriptive véhiculée à cette époque. — Prévost (1996)

La base ChroQué comprend 6 chroniques publiées par Blanchard, que ce soit sous son propre nom ou sous un de ses pseudonymes (Paul Lefranc ou Jacques Clément, notamment). Ces chroniques, pour la plupart parues dans La Presse ou encore dans le Bulletin du parler français au Canada, sont identifiées par les sigles BlanchAngl, BlanchAnn, BlanchBLang, BlanchParlMieux, ClémMots et LefrLangFr.

(1) Document dactylographié en dépôt aux archives des Sulpiciens de Montréal.

Références

Blanchard, Étienne (1912), En garde ! Termes anglais et anglicismes dans le commerce, les relations sociales, les conversations, les journaux, à la ferme, au Parlement, etc., [Montréal], [Imprimerie des sourd muets], 103 p.

Blanchard, Étienne (1913), En français. Anglicismes, barbarismes, mots techniques, traductions difficiles [...], Montréal, Imprimerie du Devoir, 128 p.

Blanchard, Étienne (1914), Dictionnaire de bon langage, Paris, Librairie Vic et Amat, 316 p.

Blanchard, Étienne (1916a), « Vocabulaire du typographe », Le parler français, Québec, vol. 14, no 10, p. 440-447.

Blanchard, Étienne (1916b), Les mots par l'image ou 2000 mots illustrés, Montréal, [s.n.], 112 p.

Blanchard, Étienne (1919a), Le bon français en affaires, Montréal, [s.n.], 96 p.

Blanchard, Étienne (1919b), La bonne logeuse, Montréal, Église Saint-Jacques, 16 p.

Blanchard, Étienne (1926), Le gouffre. Nous y allons, Montréal, Imprimerie du Devoir, 64 p.

Blanchard, Étienne (1927), Manuel du bon parler, Montréal, Les Frères des Écoles chrétiennes, 128 p.

Blanchard, Étienne (1928), Recueil d'idées, Montréal, Édouard Garand, 288 p.

Blanchard, Étienne (1931), Vocabulaire bilingue par l'image. Leçons de choses et rédaction, Montréal, Les Frères des Écoles chrétiennes, 112 p.

Clas, André (dir.) (1976), Bibliographie des chroniques de langage parues dans la presse au Canada, Montréal, Observatoire du français moderne et contemporain, Département de linguistique et philologie, Université de Montréal (« Matériaux pour l'étude du français au Canada »), 2 vol.

Doray, Claire [s.d.], Bibliographie de M. l'abbé Étienne Blanchard. Livres et articles de revues, Montréal, Université de Montréal, 29 p.

Prévost, Geneviève (1996), « Les chroniques de langage d’Étienne Blanchard (1883-1952). Aperçu des préoccupations normatives d’une époque au Canada », Cahiers de lexicologie, Paris, vol. 68, no 1, p. 175-192.

Autres sources consultées

Prévost, Geneviève (1996), Le Dictionnaire de bon langage d’Étienne Blanchard. Étude métalexicographique. Contribution à l’histoire de la lexicographie québécoise, Québec, mémoire de maîtrise, Université Laval, vi-174 p.

Crédit photo

Archives des Prêtres de Saint-Sulpice de Montréal : APSSM (P5, E.2.1-5).


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