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Gérard Dagenais (1913-1981)

Gérard Dagenais est né à Montréal en 1913 et il est décédé en 1981, dans la même ville, à l'âge de 68 ans. Après des études classiques au Collège Sainte-Marie (Montréal), il étudie le droit à l’Université de Montréal, mais il abandonnera rapidement ses études pour se tourner vers le journalisme. Sa carrière de journaliste débute en 1934, année pendant laquelle il travaille au quotidien Le Soleil de Québec ainsi qu'à l’hebdomadaire montréalais L’Ordre qui venait d’être fondé par le journaliste et écrivain Olivar Asselin. Ce dernier deviendra un véritable mentor pour le futur chroniqueur ; dès leur première rencontre, Dagenais éprouve « l’admiration la plus enthousiaste » (Dagenais, 1959 : 14) pour cet homme qui éveillera chez lui un intérêt marqué pour la question du « bon usage ».

Parallèlement à ses activités de journaliste, Dagenais oeuvrera également dans le monde de l’édition et celui de la traduction. Au milieu des années 1930, il travaillera entre autres comme traducteur pour le Parlement fédéral et, vers la fin des années 1950, pour La Presse canadienne. Dans les années 1940, il traduira, sous le pseudonyme d’Albert Pascal, quelques romans américains (Godbout, 2004 : 102). En 1944, Gérard Dagenais fonde la Société des Éditions Pascal qui publiera une vingtaine d’ouvrages, dont le premier roman de Gabrielle Roy, Bonheur d’occasion, en 1945 (Michon, 2004 : 74).

C’est à partir de la fin des années 1950 que Gérard Dagenais commencera à se prononcer publiquement sur les questions de langue. Sa rubrique « Réflexions sur nos façons d’écrire et de parler », qui paraîtra dans Le Devoir de 1959 à 1961, marquera le début de sa carrière comme chroniqueur de langage. Tout au long de cette carrière, qui durera une quinzaine d’années, Dagenais publiera pas moins de sept chroniques dans trois périodiques (Le Devoir, La Patrie et La Presse) et dans un magazine (Allô Police). Plusieurs de ces chroniques ont par la suite été reprises, partiellement ou intégralement, dans des recueils (voir entre autres Dagenais, 1959-1960, 1966b, 1967b et 1973), ce qui témoigne de leur succès. Dagenais s’est également illustré comme chroniqueur dans les médias audio-visuels : il est régulièrement invité à la télévision de Radio-Canada et anime des émissions de radio, comme « Parlons-nous français ? » (sur les ondes de CKAC ; voir Zolty, 1968 : 50) et « Pour un Québec français » (sur les ondes de CKVL ; voir Beaudry, 1974).

Que ce soit dans « Des mots et des phrases » (1966a), « Nos écrivains et le français » (1966c) ou encore « Est-ce français ? » (1970-1973), les propos tenus par Dagenais sont toujours fortement teintés de purisme et le chroniqueur n’a qu’un seul objectif en tête, celui de montrer aux Québécois comment on parle et écrit en France :

[…] L’usage (on ne le répétera jamais assez : celui de France, pas le nôtre, qui ne compte pas en français, sauf dans des cas extraordinaires) repose sur un instinct de la langue qui s’égare rarement. Il s’appuie aussi sur des faits qui n’existent qu’en France mais dont nous devons tenir compte sous peine de ne pas être compris des Français, c’est-à-dire sous peine d’isolement. (Dagenais, 1960a : 2)

Cette volonté de corriger la langue de ses compatriotes et de l’aligner sur celle qui a cours en France, on la trouve aussi dans le Dictionnaire des difficultés de la langue française au Canada que Dagenais fera paraître en 1967 après en avoir publié des extraits dans la chronique « Comment dites-vous ? » (1965-1966). Ce dictionnaire sera couronné par l’Académie française en 1969.

Comme plusieurs de ses contemporains, Gérard Dagenais s’inquiète de l’avenir du français en Amérique du Nord. Il est toutefois un des rares chroniqueurs de langage à aborder de front la question sous un angle politique, comme il le fait entre autres dans la chronique « Pour un Québec français associé à un Canada bilingue » (1971-1973). Il y affirme entre autres que le français « ne peut vivre au Canada que par l’existence d’un État français » (Dagenais, 1971 : 32). Déjà en 1960, Dagenais avait souhaité un certain « dirigisme […] en matière de langue » lorsqu’il avait plaidé pour « l’établissement d’un office de la langue française » (Dagenais, 1960b : 7), institution qui verra le jour en mars 1961.

Dagenais a certainement été l'un des chroniqueurs de langage les plus influents de son époque. Pour cette raison, toutes ses chroniques ont été intégrées dans la base ChroQué, où elles sont identifiées par les sigles DagDites, DagÉcriv, DagFr, DagGaz, DagMots, DagQcFr et DagRéfl. — Wim Remysen et Alexandra Tremblay-Desrochers, Université de Sherbrooke.

Références

Beaudry, Pierre (1974), « Hommage à M. Gérard Dagenais », La Presse, Montréal, 2 avril 1974, p. C8.

Dagenais, Gérard (1959), « Réflexions sur nos façons d’écrire et de parler. Moi aussi, “j’ai fait mon cours classique…” », Le Devoir, Montréal, 13 avril 1959, p. 14.

Dagenais, Gérard (1959-1960), Réflexions sur nos façons d'écrire et de parler, Montréal, Cercle du livre de France, 6 vol.

Dagenais, Gérard (1960a), « Réflexions sur nos façons d’écrire et de parler. Isolement ou participation », Le Devoir, Montréal, 1er février 1960, p. 2.

Dagenais, Gérard (1960b), « Réflexions sur nos façons d’écrire et de parler. La langue appartient à l’État », Le Devoir, Montréal, 31 octobre 1960, p. 18 et 7.

Dagenais, Gérard (1959-1961), « Réflexions sur nos façons d’écrire et de parler », Le Devoir, Montréal, 13 avril 1959 – 20 février 1961.

Dagenais, Gérard (1961), « La gazette de la langue », La Patrie du dimanche, Montréal, 12 mars 1961 – 2 avril 1961.

Dagenais, Gérard (1965-1966), « Les réflexions de Gérard Dagenais. Comment dites-vous ? », La Patrie, Montréal, 5 août 1965 – 8 mai 1966.

Dagenais, Gérard (1966a), « Des mots et des phrases », La Presse, Montréal, 28 février 1966 – 29 aout 1966.

Dagenais, Gérard (1966b), Des mots et des phrases pour mieux parler, Montréal, Éditions du Jour (« 49 et 52 »), 2 vol.

Dagenais, Gérard (1966c), « Nos écrivains et le français », La Presse, Montréal, 5 mars 1966 – 27 août 1966.

Dagenais, Gérard (1967a), Dictionnaire des difficultés de la langue française au Canada, Montréal, Éditions Pédagogia, xv-679 p. [2e éd. à titre posthume en 1984.]

Dagenais, Gérard (1967b), Nos écrivains et le français, Montréal, Éditions du Jour (« Les Idées du Jour, D-26 »), 109 p.

Dagenais, Gérard (1970-1973), « Est-ce français ? », Allô Police, Montréal, 12 avril 1970 – 12 août 1973.

Dagenais, Gérard (1971), « Pour un Québec français associé à un Canada bilingue. Définitions importantes », Allô Police, Montréal, 11 juillet 1971, p. 32.

Dagenais, Gérard (1971-1973), « Pour un Québec français associé à un Canada bilingue », Allô Police, Montréal, 11 juillet 1971 – 28 janvier 1973.

Dagenais, Gérard (1973), Pour un Québec français : chronique des années 1970, 1971, 1972, Montréal, Éditions du Jour, 247 p.

Godbout, Patricia (2004), « Pseudonymes, traductionymes et pseudo-traductions », Voix et images, Montréal, vol. 30, no 1, p. 93-103.

Michon, Jacques (dir.) (2004), Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle, vol. 2 (Le temps des éditeurs, 1940-1959), Montréal, Fides, 538 p.

Zolty, Alain (1968), « Les émission de radio-télévision consacrées à la langue française », Culture vivante, Québec, no 7-8, p. 50-54.

Autres sources consultées

Béguin, Louis-Paul (1981), « Hommage à Gérard Dagenais », Le Devoir, Montréal, 19 juillet 1981, p. 8.

Hamel, Réginald, John Hare et Paul Wyczynski (1989), Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord, Montréal, Fides, xxvi-1364 p.

Lebel, Maurice (1980), « Pour un Québec français, essai de Gérard Dagenais », dans Maurice Lemire (dir.), avec la collab. de Gilles Dorion, André Gaulin et Alonzo Le Blanc, Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 5 (1970-1975), Montréal, Fides, p. 721-722.

Morissette, Brigitte (1969), « Talent et travail reconnus. M. Gérard Dagenais est couronné par l’Académie française », La Patrie, Montréal, 5 octobre 1969, p. 16.

Toussaint, Ismène (2012), « Gérard Dagenais », L’Encyclopédie canadienne [En ligne], disponible sur <www.encyclopediecanadienne.ca/>. [Page consultée le 25 mars 2013.]

Crédit photo

Archives nationales du Québec à Montréal (Fonds Antoine Desilets, p697).


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