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Henri Roullaud (1856-1910)

Henri RoullaudHenri Roullaud est né à Roubaix, dans le département français du Nord-Pas-de-Calais, le 4 avril 1856 et il est mort prématurément à Montréal le 4 août 1910, à l’âge de 54 ans. Après avoir entrepris des études de médecine qu’il n’a jamais terminées, il collabore à divers journaux parisiens. En 1889, il s’embarque pour le Canada, qui deviendra vite sa patrie d’adoption. Sur le tard, il épousa une Canadienne originaire de Lévis, Elmire Bégin, dont il eut trois enfants.

À son arrivée au Canada, il s’établit d’abord à Québec, où il « passa trois ans, faisant de la correspondance, de la rédaction pour les journaux, composant des discours, etc. » (Anonyme, 1910a : 1). Il se fixa ensuite à Montréal, où il s’adonna principalement au journalisme, collaborant, sous son nom véritable ou sous divers pseudonymes (Jean Bâdreux et Laurent Bart, notamment), à la plupart des journaux de l’époque. Il s’était acquis une solide réputation non seulement auprès du public, mais aussi auprès de ses collègues journalistes, comme en témoignent les hommages que ceux-ci lui ont rendu lors de son décès (voir Anonyme, 1910b et 1910c, par exemple).

Ami de Louis Fréchette, qu’il n’hésita pas à défendre des accusations de plagiat portées contre lui par William Chapman (voir Roullaud, 1893a et 1893b), il partageait avec ce dernier un amour profond pour la langue française :

C’était un érudit et rien de ce qui peut orner l’intelligence ne lui était étranger. Mais il avait surtout un amour filial pour la langue française et il a exécuté pour l’épuration de notre parler des travaux qui, à eux seuls, suffiraient à lui mériter la reconnaissance de notre race. (Anonyme, 1910b)

Roullaud avait […] une mentalité de puriste[ :] une phrase mal bâtie, une hérésie orthographique, un cabotin qui posait au grand acteur, tout cela et bien d’autres cabotinages avaient le don de l’exaspérer. (Anonyme, 1910d)

Comme Fréchette l’avait fait avant lui, Roullaud a signé une chronique de langage dans les colonnes de La Presse. L’originalité de cette chronique tient au fait qu’elle met en scène un couple de Canadiens séjournant à Paris et qui, parce qu’ils n’arrivent pas toujours à bien se faire comprendre de leurs interlocuteurs français, connaisssent toutes sortes de mésaventures. Comme l’ont souligné Adjutor Rivard (1909 : 189) puis Geneviève Prévost (1996 : 152, et 1998 : 82), cette idée n’était pas nouvelle puisqu’elle avait déjà été envisagée par Fréchette en 1890 :

J’imagine un des nôtres qui débarque à Paris, après un voyage à bord des chars, qui aperçoit le dépôt, qui entre dans la station, et qui demande à un charretier de la stand comment il charge pour aller lui chercher du change !

Il est tout abasourdi si on ne le comprend pas, et très offensé si son ahurissement provoque le sourire ; il reviendra en disant que les Français, en dépit de leur réputation, ne sont pas polis !

Et c’est pourtant bien de cette façon qu’on s’exprime, même dans nos collèges, en croyant parler français.

J’ajouterai que cela peut porter à des quiproquos dont il serait difficile de prévoir les conséquences. (Fréchette, 1890 : xv)

Plusieurs des exemples mentionnés par Fréchette reviendront d’ailleurs dans la chronique de Roullaud.

Cette volonté d’aligner de façon aussi inconditionnelle les usages des Canadiens sur ceux des Parisiens a suscité bien des réserves de la part d’Adjutor Rivard (1909), qui était d’avis que le couple de Canadiens mis en scène par Roullaud aurait pu s’affirmer davantage sur le plan linguistique.

Intitulée Leçons pratiques de français. Rectification du vocabulaire, la chronique de Roullaud a paru hebdomadairement entre le 10 août 1907 et le 13 juin 1908 ; elle est composée de 39 billets qui ont ensuite été réunis en recueil (voir Roullaud, 1908).

Dans la base ChroQué, cette chronique est identifiée par le sigle RoullLeçons et chacun des billets qui la constituent est numéroté de 001 à 039. — Claude Verreault, Université Laval.

Références

Anonyme (1910a), « Une perte sensible pour les lettres canadiennes », La Presse, Montréal, 5 août, p. 1-2.

Anonyme (1910b), « Chronique », La Presse, Montréal, 5 août, p. 2.

Anonyme (1910c), « Feu Henri Roullaud », La Presse, Montréal, 5 août, p. 14.

Anonyme (1910d), « M. Henri Roullaud meurt subitement », La Patrie, Montréal, 5 août, p. 1.

Fréchette, Louis (1890), « À Monsieur Alphonse Lusignan », dans Alphonse Lusignan, À la presse française du Canada. Fautes à corriger, une chaque jour, Québec, C. Darveau, p. xi-xvii.

Prévost, Geneviève (1996), « La Rectification du vocabulaire (1908) de Henri Roullaud ou les mésaventures d’un couple canadien en France », dans Julie Laberge et Robert Vézina (dir.), Actes des 10e Journées de linguistique (1996), Québec, Centre international de recherche en aménagement linguistique (« B-207 »), p. 151-155.

Prévost, Geneviève (1998), « Des Québécois en France : six points de vue d’auteurs sur la variation linguistique », Revue québécoise de linguistique, vol. 26, no 2 (Représentation de la langue et légitimité linguistique : le français et ses variétés nationales, publié par Claude Verreault et Louis Mercier, avec la participation de Denis Dumas), p. 81-94.

Rivard, Adjutor (1909), « Henri Roullaud. Rectification du Vocabulaire. Montréal, (A. Bouesnel), 1908, […] xv + 261 pages », Bulletin du parler français au Canada, Québec, vol. 7, no 5 (janvier), p. 188-192. [Compte rendu.]

Roullaud, Henri (1893a), « Le revers de la médaille. Première bordée », La Minerve, Montréal, 22 juin, p. 2.

Roullaud, Henri (1893b), « Le revers de la médaille. Deuxième bordée », La Minerve, Montréal, 14 juillet, p. 2.

Roullaud, Henri (1908), Leçons pratiques de français. Première série. Rectification du vocabulaire, Montréal, A. Bouesnel Éditeur, xv-261 p.

Autres sources consultées

Anonyme (1910), « Les obsèques d’un camarade », La Presse, Montréal, 8 août, p. 3.

Anonyme (1910b), « Les obsèques de M. Henri Roullaud », La Patrie, Montréal, 8 août, p. 8.

Cabrette [pseud. de Édouard-Zotique Massicotte] (1924), « Les disparus », Le Bulletin des recherches historiques, Lévis, vol. 30, no 1 (janvier), p. 26.

Lemire, Maurice, et Denis Saint-Jacques (dir.) (1999), La vie littéraire au Québec, vol. 4 (1870-1894, avec la collab. de Marie-Andrée Beaudet, Aurélien Boivin, Anne Carrier, Daniel Chartier, Kenneth Landry, Hélène Marcotte, Clément Moisan, Pierre Rajotte et Lucie Robert), Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval avec le concours du Centre de recherche en littérature québécoise (CRELIQ), xxii-669 p.

Roullaud, Henri (1902), « Richesse de la langue », Album universel, Montréal, 13 décembre, p. 773. [« Article dédié à la Société du Parler Français au Canada ».]

Roullaud, Henri (1910), « Épître aux Français », La Presse, Montréal, 6 août 1910, p. 27. [Reproduction, sous le titre de « Le dernier article de Henri Roullaud », d’un ParaVerda13 d’abord écrit pour Le Courrier français du Canada.]

Vinet, Bernard (1974), Pseudonymes québécois, Québec, Éditions Garneau, xiv-361 p. [Édition basée sur l’oeuvre de Audet et Malchelosse, intitulée : Pseudonymes canadiens.]

Crédit photo

La Presse, Montréal, 5 août 1910, p. 1.


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